Travailleurs exposés, santé menacée
L’alerte du programme BIONET
Dans le cadre du programme BIONET, une étude sentinelle a été réalisée entre février et juin 2025 au Sud du Bénin, mettant en lumière une explosion préoccupante de l’exposition de nombreux travailleurs à des polluants chimiques particulièrement dangereux pour leur santé. À la faveur d’un atelier tenu les mardi 13 et mercredi 14 janvier 2026 à l’Institut des Sciences Biomédicales et Appliquées (ISBA), Dr Marius KEDOTE a exposé les résultats de l’enquête menée sur différents sites comme le Port de Cotonou, les marchés et autres. C’était en présence de nombreuses autorités politico-administratives et des acteurs du secteur de la santé.
Cet atelier vise à valoriser les résultats d’une étude de surveillance sentinelle BIONET auprès des parties prenantes et à planifier la sensibilisation du public. De façon spécifique, il entend présenter les résultats de l’enquête pilote sur les expositions professionnelles et environnementales au Sud du Bénin ; recueillir les retours d’expérience des chercheurs, sentinelles et collaborateurs ayant participé à l’étude à travers un groupe de discussion et enfin formuler des recommandations pour l’amélioration de la méthodologie et la mise en œuvre de futures études sentinelles. Conduite par le Dr Marius KEDOTE, chercheur principal à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), et le Professeur Paul Ayélo, chercheur à l’UAC, cette étude a permis d’établir un lien entre l’exposition des travailleurs aux polluants chimiques et les problèmes de santé qui les affectent. Elle a consisté en la collecte, par questionnaire, de données d’enquêtes sur les activités professionnelles, les conditions de travail, l’exposition aux polluants chimiques au travail, les pratiques de protection et l’état de santé. Elle a ciblé 750 travailleurs des départements de l’Atlantique et du Littoral au Sud du Bénin (agriculteurs, dockers, commerçants, conducteurs, professionnels de santé) qui ont été recrutés sur 12 sites par des professionnels de la santé (sentinelles) formés et supervisés.
Dans son exposé, Dr Marius KEDOTE a fait savoir que les résultats de l’étude menée révèlent un déficit de protection et des liens entre l’exposition professionnelle et les maladies tropicales. « Des travailleurs sont exposés à des polluants (métaux lourds, fumées, solvants, particules) pendant de longues heures, sans protection adéquate. Ces substances, souvent manipulées sans équipement de protection adéquat, sont connues pour leurs effets néfastes sur la santé humaine, à court et à long terme », a-t-il martelé. Par ailleurs, l’orateur principal a précisé que l’étude fait observer que 88 % des travailleurs interrogés présentent des symptômes (toux, irritations, etc.) dont l’exposition professionnelle aux polluants chimiques constitue un facteur de risque reconnu. « Le constat est d’autant plus préoccupant que 47 % d’entre eux travaillent sans aucune protection », a-t-il ajouté. M. KEDOTE a par ailleurs indiqué qu’en ce qui concerne les liens scientifiquement établis entre pollution et santé, l’étude a montré que certains polluants augmentent fortement les risques de maladie : le cuivre : les travailleurs exposés ont trois fois plus de risques d’avoir des douleurs abdominales ; le formaldéhyde (un produit chimique très irritant) : quatre fois plus de risques d’avoir des difficultés respiratoires ; et enfin les fumées de véhicules (gaz d’échappement) : six fois plus de risques de faire de l’hypertension artérielle. Dr Marius KEDOTE a, pour conclure, indiqué qu’au regard de tout ce qui précède, les chercheurs ont formulé des recommandations à l’endroit des décideurs. Elles ont pour noms : le déploiement immédiat d’un système de surveillance sentinelle des expositions professionnelles ; la promotion, voire la distribution ciblée, d’équipements de protection en fonction du besoin (masques, gants, lunettes) ; le renforcement de l’inspection du travail, notamment dans le secteur informel et enfin l’accès à la médecine du travail pour tous les travailleurs. Rappelons que le programme BIONET est un projet de recherche collaboratif entre des universités européennes (Belgique, Luxembourg, Danemark) et africaines (Bénin, Maroc, Éthiopie), financé par le programme Erasmus+ de l’Union européenne. Son objectif est de renforcer les capacités en surveillance sanitaire et en biosurveillance humaine en Afrique.
J.F

