Lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 20 février à Cotonou, une mission internationale du National Democratic Institute (NDI) a présenté sa déclaration préliminaire sur l’élection présidentielle prévue le 12 avril 2026. Codirigée par S.E. Jorge Carlos Fonseca, ancien président du Cabo Verde, et S.E. Catherine Samba-Panza, ancienne chef de l’État de transition de la République centrafricaine, la mission a évalué les préparatifs électoraux et formulé des recommandations pour renforcer la démocratie et la participation citoyenne au Bénin.
La mission préélectorale a rencontré un large éventail d’acteurs du processus électoral : autorités électorales, candidats, partis politiques, société civile, médias, confessions religieuses et universitaires. Selon le NDI, ces échanges ont permis de constater que les préparatifs de l’élection présidentielle avancent conformément au calendrier, tout en mettant en lumière la nécessité de réformes démocratiques à plus long terme afin de garantir le pluralisme politique et renforcer la participation citoyenne.La mission a salué la trajectoire démocratique du Bénin, notamment le respect des limites constitutionnelles du mandat présidentiel, avec l’annonce par le président Patrice Talon de son retrait à l’issue de son second mandat. Les experts ont également reconnu les progrès économiques du pays, avec une croissance de 7,5 % du PIB en 2024 et un taux de croissance attendu de 7,1 % entre 2025 et 2027. Les réalisations dans le développement des infrastructures et la modernisation des services administratifs ont été également soulignées.Cependant, la mission a alerté sur les défis qui pourraient fragiliser la démocratie béninoise. Les modifications récentes du code électoral et de la Constitution ont concentré le pouvoir politique dans les mains de la coalition au pouvoir, limitant fortement les possibilités d’action de l’opposition. Certains partis, comme Les Démocrates, se trouvent aujourd’hui empêchés de présenter des candidats aux prochaines élections présidentielles et législatives, sauf réformes du cadre légal ou alliances politiques.Le NDI a aussi relevé des préoccupations liées à l’insécurité dans certaines régions du nord du pays, à la polarisation politique et au déclin de la participation électorale, qui est tombée à 36,7 % lors des élections législatives de janvier 2026 contre près de 66 % en 2015.La mission a constaté que les préparatifs pour l’élection présidentielle avancent conformément au calendrier. Le matériel électoral a été partiellement déployé et la Commission électorale nationale autonome (CENA) a confirmé la mise en place de mesures pour assurer l’ouverture de tous les bureaux de vote et l’accréditation des observateurs internationaux et nationaux. Néanmoins, les rapports des élections législatives de janvier mettent en évidence des difficultés opérationnelles, notamment des retards à l’ouverture des bureaux de vote, et la loi de 2025 sur les associations pourrait restreindre la liberté de diffusion des observations citoyennes. Deux tickets présidentiels sont officiellement en lice : Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata, pour la coalition au pouvoir (Union progressiste pour le renouveau et Bloc républicain), et Paul Hounkpè et Judicael Hounwanou, représentant les Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE).
Recommandations du NDI
La mission a formulé des recommandations à court terme et à moyen/long terme afin de renforcer la démocratie au Bénin :
À court terme (avant l’élection présidentielle du 12 avril) :
Ouvrir l’espace civique et promouvoir l’accès à des informations exactes sur le processus électoral, en particulier pour lutter contre la propagation de fausses informations ;
Améliorer le déroulement du scrutin, en tirant les leçons des élections législatives de janvier et en garantissant l’ouverture des bureaux de vote à l’heure prévue ;
Renforcer la transparence dans la gestion du processus électoral, notamment en rendant disponibles les résultats poste par poste ;
Prôner la paix et la non-violence lors des élections et de toute activité politique, en impliquant autorités gouvernementales, acteurs politiques, société civile, médias et leaders religieux.
À moyen et long terme :
Harmoniser le cadre constitutionnel et juridique de la participation politique et civique pour éviter les contradictions perçues par les citoyens et garantir le respect des droits fondamentaux ;
Engager des réformes électorales et politiques inclusives afin de permettre à tous les citoyens d’avoir davantage de choix parmi les candidats à des fonctions électives ;
Renouveler le consensus national sur la voie démocratique du pays, par un processus consultatif et inclusif qui favorise la complémentarité entre développement économique et gouvernance démocratique, tout en protégeant les droits et libertés des citoyens ;
Mettre en place des plateformes pour recueillir les griefs des citoyens sur des questions juridiques et électorales, contribuant ainsi à l’harmonisation des instruments légaux selon les normes régionales et internationales.
Le NDI a précisé que sa déclaration préliminaire sera suivie d’un rapport plus détaillé après l’élection présidentielle, dans le cadre de son suivi continu du processus démocratique au Bénin.
Victorin Fassinou

