« Les Témoins du passé » : une pièce pour sauver la mémoire du Bénin : Quand le théâtre donne la parole aux vestiges

Dans l’amphithéâtre Etisalat de l’Université d’Abomey-Calavi, le jeudi 20 février 2025, les voix du passé ont résonné sur scène. La pièce « Les Témoins du passé » a plongé le public dans l’histoire du Bénin à travers un plaidoyer artistique pour la sauvegarde des vestiges historiques.

Présentée dans le cadre du Projet Arts’ChéoVision de l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture (INMAAC), cette création illustre la manière dont l’archéologie et les arts peuvent se rencontrer pour redonner vie au patrimoine. Arts’ChéoVision est un ambitieux projet, transversal à toutes les filières de formation de l’INMAAC et qui se déroulera en trois phases. Il démontre que l’archéologie n’est pas seulement une discipline d’étude du passé, mais également une véritable source d’inspiration créative pour les artistes d’aujourd’hui. Mis en œuvre en partenariat avec l’Ambassade de France, ce projet bénéficie d’un appui institutionnel qui renforce sa portée et son impact.

Un cri d’alarme pour la préservation du patrimoine

Mise en scène par Dr Robert Asdé et écrite par Dr Rose Ablavi Akakpo, la pièce donne la parole aux vestiges oubliés qui témoignent de la grandeur passée du Dahomey, l’actuel Bénin. Les scènes se succèdent, portées par des chants, des percussions et des danses traditionnelles. Les vestiges prennent la parole, dénoncent leur abandon et appellent à leur sauvegarde. L’émotion atteint son paroxysme lorsque une comédienne incarne la ruine du mur du palais du roi Glèlè, souffrant de l’oubli et de la négligence.

Le spectacle entraîne le public d’un site historique à un autre, de Danxomè à Kpassè, dévoilant les savoir-faire d’antan : l’art des forgerons Ayato Ganmènou, la maîtrise des artisans, le rôle des reines et princesses. À travers ces récits, la pièce rappelle que les ancêtres du Dahomey n’étaient ni des sous-hommes ni des peuples inutiles, mais des bâtisseurs et des innovateurs.

Un appel en faveur de l’archéologie préventive

Au-delà de l’hommage aux générations passées, « Les Témoins du passé » lance un message fort : l’histoire s’efface sous les bulldozers. L’avancée des infrastructures modernes, sans prise en compte du patrimoine, détruit des pans entiers de mémoire.

Pour y remédier, la pièce défend la mise en place d’une archéologie préventive, qui permettrait de sauvegarder les vestiges avant tout projet d’aménagement. Un combat que porte le professeur Romuald Tchibozo, directeur de l’INMAAC : « Il faut que l’archéologie préventive devienne une norme, que plus aucun chantier ne commence sans une étude préalable des sites historiques ».

Le professeur Bienvenu Koudjo, lui, souhaite que cette pièce dépasse le cadre universitaire et touche un plus large public. « Ce message doit être entendu par tous, notamment par ceux qui prennent les décisions », insiste-t-il.

À travers cette création théâtrale engagée, l’INMAAC et le projet Arts’ChéoVision, avec le soutien de l’Ambassade de France, ne se contentent pas de raconter l’histoire : ils interpellent, sensibilisent et invitent à l’action. Car préserver les témoins du passé, c’est aussi garantir un avenir enraciné dans la mémoire collective.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *