L’exposition « Kancícà » : Bamouss réinvente le lien entre passé et présent

L’Espace culturel Le Centre de Cocotomey a vibré, ce vendredi 14 mars 2025, au rythme du vernissage de Kancícà, une exposition singulière signée Bamouss. Après un mois de résidence créative, l’artiste renoue avec le public à travers un solo show où s’entrelacent le visible et l’invisible, l’humain et le spirituel, la mémoire et la matière.

Dans l’intimité feutrée de cette exposition, sculptures, peintures et installations s’articulent en un dialogue subtil, révélant une quête profonde : celle du lien, du tissage entre l’individu et son environnement, entre les traditions et la modernité. Kancícà, qui signifie « lien » en fongbé, n’est pas qu’une exposition, c’est une immersion dans une esthétique du sacré, une réflexion sur les forces invisibles qui structurent notre rapport au monde.

Un langage plastique au service de la mémoire et du sacré

L’univers de Bamouss se distingue par l’utilisation d’objets récupérés, un choix qui dépasse la simple démarche écologique pour s’inscrire dans une volonté de réinterprétation et de transmission. Bois, cordes, tissus, coris et matériaux bruts s’assemblent sous ses mains en des compositions vibrantes où chaque élément devient porteur d’histoire. L’artiste redonne vie à des objets en apparence anodins, leur conférant une charge symbolique forte, un souffle nouveau qui interroge notre rapport aux déchets, mais aussi à la mémoire collective.

« L’unité n’est pas un concept isolé, mais une dynamique, un dialogue permanent », confie Bamouss, évoquant la genèse de ses œuvres. L’artiste explore la notion de lien sous toutes ses formes : familial, social, mystique. Dans son regard, chaque pièce s’érige comme un pont entre passé et présent, entre tradition et contemporanéité, entre l’individu et l’univers qui l’entoure.

Pour Berthold Hincati, Directeur de Le Centre, ce vernissage marque le retour d’un artiste dont l’évolution se mesure à la profondeur de son travail. « Voir Bamouss reprendre la parole plastique après un temps de retrait est un moment fort. Il revient avec une œuvre qui témoigne d’une maturité artistique, d’un regard renouvelé sur nos réalités culturelles et spirituelles », souligne-t-il.

Il insiste sur la pertinence du propos de l’exposition : Kancícà interroge notre rapport aux éléments, à la nature et à nos racines. À travers un jeu de textures et de matériaux, Bamouss fait écho aux quatre éléments fondamentaux – l’eau, l’air, la terre et le feu – pour mieux ancrer son œuvre dans une vision holistique du monde.

Le public, venu nombreux, a découvert un parcours où l’art devient un miroir de l’âme béninoise. Chaque œuvre invite à un temps d’arrêt, à une observation patiente, presque méditative. Rien n’est laissé au hasard : chaque installation convoque un fragment de mémoire, chaque sculpture suscite une interrogation, chaque peinture murmure un récit ancestral.

Bamouss ne se contente pas d’exposer des œuvres ; il crée des espaces de réflexion, des territoires où le regard du visiteur devient un acteur du dialogue artistique.

Cette exposition, au-delà de sa dimension esthétique, est une invitation à repenser notre place dans le monde, à renouer avec ces fils invisibles qui nous relient les uns aux autres, aux éléments, aux esprits et à notre propre histoire. Kancícà n’est pas seulement le retour d’un artiste : c’est une réaffirmation de la puissance de l’art comme passeur de sens et de mémoire.

Osias Satingo

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