Les violences basées sur le genre (VBG) constituent une préoccupation majeure au Bénin. Malgré l’existence d’un cadre juridique renforcé et d’initiatives visant à prévenir et sanctionner ces violences, les chiffres restent alarmants. Face à cette réalité, une approche stratégique et fondée sur des données probantes s’impose pour orienter les politiques publiques et maximiser l’efficacité des interventions. C’est précisément la mission de l’Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (OFFE), une structure scientifique et sociale dédiée à la collecte et à l’analyse des données relatives aux phénomènes sociaux touchant les populations vulnérables.
Créé par le gouvernement béninois, l’OFFE s’est imposé comme un acteur clé dans le dispositif national de lutte contre les VBG. En mettant à disposition des décideurs, des organisations de la société civile et des chercheurs des informations fiables et actualisées, il permet d’ajuster les stratégies de protection et de prise en charge des victimes. Son rôle dépasse cependant la seule production de statistiques : il est un véritable observatoire de veille et d’analyse qui éclaire l’action publique et favorise une réponse coordonnée et efficace aux violences.
Dans un pays où les violences psychologiques, économiques, physiques et sexuelles continuent de toucher des milliers de femmes et d’enfants chaque année, l’importance d’une telle institution n’est plus à démontrer. Loin d’être un simple organe administratif, l’OFFE est un levier d’action qui permet d’ancrer la lutte contre les VBG dans une dynamique fondée sur des faits concrets.
« Notre rôle est d’apporter des données fiables pour permettre aux acteurs de mieux comprendre et combattre les violences. Lutter contre les VBG sans s’appuyer sur des statistiques précises reviendrait à avancer à l’aveugle. Nous devons connaître l’ampleur du phénomène, ses tendances et ses évolutions pour agir efficacement », souligne Dr Kassoumou Nassirou, Directeur Général de l’OFFE.
Une mission d’analyse et d’innovation au service de la société
L’OFFE repose sur trois missions essentielles. D’abord, il collecte et exploite des données statistiques provenant des guichets uniques de protection sociale, des services de police, des formations sanitaires et des organisations de la société civile. Ensuite, l’Observatoire mène des recherches approfondies sur les phénomènes sociaux émergents afin d’identifier les facteurs de vulnérabilité et d’anticiper les évolutions des problématiques familiales et de genre. Enfin, il assure une mission de communication et de diffusion des connaissances en mettant ses données à disposition des journalistes, des chercheurs et des acteurs sociaux.
L’un des outils phares de l’OFFE est le SidoFFE-NG (Système intégré de données relatives à la famille, à la femme et à l’enfant – Nouvelle Génération). Cette plateforme, mise en place en 2019, centralise les informations en provenance de divers acteurs de la chaîne de protection sociale. Elle couvre quatre grands domaines : la protection de l’enfant, la promotion de la femme et du genre, la solidarité nationale et l’inclusion sociale des personnes vulnérables.
« Avec le SidoFFE-NG, nous avons révolutionné la collecte de données sur les violences basées sur le genre au Bénin. Aujourd’hui, nous pouvons suivre en temps réel les tendances, identifier les zones les plus touchées et ajuster les interventions. Ce système est un véritable outil d’aide à la décision pour les autorités et les partenaires », explique Dr Nassirou.
Chaque mois, les chefs de guichets uniques intègrent les données recueillies sur le terrain, permettant ainsi un suivi en temps réel des indicateurs sociaux et une meilleure adaptation des politiques publiques.
Des résultats concrets et des défis à relever
L’impact du travail de l’OFFE est mesurable. Son rapport analytique 2023 révèle ainsi que 30 372 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés cette année-là au Bénin, dont 10 072 impliquaient des enfants de moins de 18 ans. Ces chiffres traduisent une réalité préoccupante, mais soulignent également la nécessité d’une action plus ciblée et coordonnée.
« Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils représentent des vies brisées, des familles déstabilisées, des enfants traumatisés. Chaque donnée collectée doit servir à améliorer les dispositifs de prévention et de protection », rappelle le Directeur Général de l’OFFE.
Cependant, malgré ces avancées, des défis persistent. L’une des principales difficultés demeure la faible remontée des données sur certaines formes de violences, notamment celles commises dans la sphère familiale, où le silence et l’impunité restent des freins majeurs à la dénonciation.
« Nous devons renforcer la sensibilisation et la confiance des populations afin qu’elles signalent les cas de violences. L’implication des médias, des leaders communautaires et des organisations de la société civile est essentielle pour briser le silence et améliorer la remontée des données », insiste Dr Nassirou.
L’OFFE s’attèle ainsi à renforcer ses collaborations avec les structures de protection sociale, l’Institut National de la Femme et les organisations de la société civile pour améliorer la remontée des informations et affiner ses analyses.
Un appel à l’action collective
Si la lutte contre les VBG est un combat de longue haleine, l’OFFE apporte une pierre essentielle à l’édifice en offrant des repères solides pour une action plus efficace. Son rôle de veille stratégique et d’aide à la décision est crucial pour orienter les politiques publiques et assurer une meilleure protection aux victimes.
Mais pour que ces efforts portent pleinement leurs fruits, une mobilisation collective est nécessaire. Les gouvernements, les ONG, les chercheurs et les médias ont un rôle à jouer pour amplifier la sensibilisation, améliorer l’accompagnement des victimes et encourager une application stricte des lois en vigueur.
« Nous avons les outils et les compétences nécessaires pour mieux lutter contre les VBG. Mais nous ne pouvons pas agir seuls. Il est impératif que tous les acteurs se mobilisent, que les politiques s’engagent davantage et que la société prenne conscience de l’ampleur du problème. Chacun a un rôle à jouer », conclut Dr Nassirou.
Aux dires du DG Nassirou, la lutte contre les violences basées sur le genre ne saurait être efficace sans une connaissance approfondie des réalités du terrain. Grâce à l’Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, le Bénin dispose aujourd’hui d’un outil performant pour mieux comprendre, prévenir et combattre ces violences. Une avancée majeure qui, bien que perfectible, constitue une étape clé vers une société plus juste et plus sécurisée pour tous.
Victorin FASSINOU
Avec le soutien de CeRADIS-ONG , membre de l’Alliance Droits et santé