Violences Basées sur le Genre : Un fléau aux conséquences dévastatrices (Une mobilisation s’impose pour briser le silence et construire l’égalité)

Au Bénin, les Violences Basées sur le Genre (VBG) représentent une urgence sociale majeure, touchant des milliers de femmes, d’enfants et, dans une moindre mesure, des hommes. Ces violences, nourries par des inégalités structurelles et des normes patriarcales profondément enracinées, prennent des formes multiples : violences économiques, sexuelles, physiques, psychologiques et patrimoniales.

« Ces violences peuvent être commises par un homme ou une femme, et touchent toutes les couches sociales », rappelle Mme Fernande ADEKOU, assistante sociale engagée dans la lutte pour les droits des femmes. Pourtant, les femmes et les enfants demeurent les principales victimes, souvent dans des environnements où les auteurs bénéficient d’une impunité alarmante. Aux dires de Dr Nassirou Kassoumou Hararou, Directeur Général de l’Observatoire de la Famille, de la Femme et de l’Enfant (DG/OFFE), entre janvier 2020 et septembre 2023, 94 001 cas de VBG ont été recensés et pris en charge grâce au système SIDoFFE-NG, un dispositif de gestion des violences. Parmi les victimes, les femmes et les filles représentent 86,17 %, avec une prévalence des violences psychologiques (47,06 %), suivies des violences physiques (15,71 %) et économiques (12 %). Ces chiffres traduisent une évolution dans la prise en charge, mais mettent également en lumière une hausse préoccupante des violences psychologiques.

Les conséquences dévastatrices des VBG

Les Violences Basées sur le Genre ont des répercussions profondes sur les victimes, leurs familles et la société dans son ensemble. Mme ADEKOU souligne : « Psychologiquement, les victimes sont souvent bloquées, marquées par des traumatismes profonds. Physiquement, elles peuvent porter des séquelles à vie. » Les impacts psychologiques sont particulièrement destructeurs. Les violences psychologiques, qui représentent 47,06 % des cas, laissent des blessures invisibles, mais durables, affectant l’estime de soi, la santé mentale et la capacité des victimes à se reconstruire. Les séquelles physiques, quant à elles, limitent souvent l’autonomie des survivantes, entraînant parfois une incapacité permanente. En outre, ces violences détruisent les structures familiales, exacerbant les tensions et divisant les proches. Les familles se retrouvent souvent confrontées à des choix déchirants entre soutenir la victime ou protéger l’auteur, ce qui accentue le climat de silence autour des violences. Les conséquences économiques sont également notables. Les victimes, en majorité des femmes, se retrouvent fréquemment privées de leurs moyens de subsistance en raison des violences économiques ou des restrictions imposées par leurs agresseurs. Ces inégalités renforcent leur dépendance financière, perpétuant ainsi le cycle de la violence.

Des initiatives importantes, mais insuffisantes

Face à ce fléau, le Bénin a pris plusieurs initiatives pour combattre les VBG. Au rang des actions majeures, la création de l’Institut National de la Femme (INF) marque une avancée significative dans la lutte contre les Violences Basées sur le Genre. Cet organisme a pour mission de promouvoir les droits des femmes, d’assurer leur protection et de lutter contre les discriminations et violences dont elles sont victimes. À travers des actions de sensibilisation, d’accompagnement juridique et psychologique des survivantes, ainsi que de plaidoyer pour un meilleur accès à la justice, l’INF s’impose comme un acteur central dans la protection des femmes au Bénin. D’autres dispositifs juridiques et sociaux existent, tels que les commissariats spécialisés, les tribunaux et les organisations de la société civile. Le système SIDoFFE-NG, mentionné par Dr Hararou, a permis une meilleure documentation des cas et une prise en charge accrue des victimes. Les départements du Zou, Borgou, Atlantique, Collines et Ouémé enregistrent les taux les plus élevés de prise en charge, représentant 58,09 % des cas recensés. Par ailleurs, le budget unique de protection sociale vise à offrir un filet de sécurité aux populations les plus vulnérables. Toutefois, ces efforts restent insuffisants. Comme le souligne Mme ADEKOU, il est crucial de renforcer l’application des lois et de rendre les dispositifs de soutien accessibles, notamment dans les zones rurales où les victimes peinent à trouver un accompagnement adapté. En effet, malgré l’existence de ces structures, de nombreuses victimes préfèrent garder le silence, par peur de représailles ou par méfiance envers les institutions. Ce climat d’impunité encourage les auteurs à persister dans leurs actes, rendant encore plus urgente la nécessité d’une mobilisation collective.

Les pistes pour un avenir sans VBG

Pour éradiquer les Violences Basées sur le Genre, plusieurs actions clés doivent être mises en œuvre. Renforcer les campagnes de sensibilisation : L’éducation des communautés, y compris dans les zones reculées, est essentielle. Ces campagnes doivent informer sur les droits des victimes, les conséquences des violences et les recours disponibles. Créer des espaces sûrs pour les victimes : Ces lieux doivent être multipliés et accessibles à toutes les victimes, sans distinction de genre ou d’âge. Impliquer les hommes et les garçons : Leur sensibilisation est cruciale pour déconstruire les normes patriarcales et encourager une société basée sur l’égalité des sexes. Former les leaders communautaires : Les chefs de quartiers et les autorités locales doivent être équipés pour détecter, signaler et accompagner les cas de VBG, brisant ainsi le cycle du silence et de l’impunité. Dr Nassirou Kassoumou Hararou rappelle que les données collectées grâce au système SIDoFFE-NG montrent à la fois des progrès et des défis persistants. Selon lui, une collaboration entre les autorités, la société civile et les communautés locales est indispensable pour prévenir ces violences et protéger les victimes.

Un défi collectif pour un Bénin sans violences

Les Violences Basées sur le Genre ne sont pas une fatalité. En brisant le silence et en agissant ensemble, il est possible de bâtir une société béninoise plus juste et respectueuse des droits de tous. Mme ADEKOU conclut : « Nous devons agir maintenant pour garantir que chacun vive dans la dignité, sans crainte ni violence. » L’éducation des jeunes générations, le renforcement des structures de protection et la mobilisation collective sont les clés pour construire un avenir sans violences. En faisant de la lutte contre les VBG une priorité nationale, le Bénin peut espérer réduire significativement ce fléau et garantir un environnement sûr et égalitaire pour tous ses citoyens. La mobilisation de tous est essentielle pour transformer cette vision en réalité.

Victorin FASSINOU
Avec le soutien de CeRADIS-ONG , membre de l’Alliance Droits et santé

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